Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Sentiers de la gloire

Stanley Kubrick - Etats-Unis - 1957

Critique publiée par Thaïs - le 21/01/2018
Seconde 510, Lycée Le Verrier,
Saint-Lô

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Paths of Glory

En 1957, sort aux États-Unis « Les Sentiers de la Gloire », un des plus grands chefs-d’œuvre de Stanley Kubrick. Ce n’est qu’en 1975, pour cause de censure due à la dénonciation de la guerre et du système réificateur, que ce long-métrage sera autorisé à la projection en France.
A travers cet excellent long-métrage, Kubrick dénonce la déshumanisation, entraînée par la guerre. Ce film américain réalisé en noir et blanc et inspiré de faits réels, il reflète l’absurdité de la guerre et l’irresponsabilité de ceux qui la décident. Durant la guerre 1914-1918, le général Broulard (Adolphe Menjou), ayant une forte influence sur le général Mireau (George MacReady), lui ordonne de lancer une offensive sur la position allemande imprenable, surnommée « la Fourmilière ». Au moment de l’attaque, on peut se demander si une révélation a eu lieu car les soldats sont assaillis par des bombes allemandes, des dizaines de soldats tombent. Les soldats des tranchées plus lointaines refusent d’avancer, ils font alors, selon la cour, preuve de lâcheté.
Kubrick utilise des méthodes de tournage impressionnantes, propres à chaque scène, ce qui permet de mettre en valeur, ou non, certains personnages ou certains lieux. Par exemple, Kubrick a choisi d’utiliser le travelling arrière lors de l’inspection des tranchées.
Lors de la scène où les troupes accueillent un gradé, Broulard, venu rendre visite à Mireau, dans son château, Kubrick a choisi d’insérer un commentateur en voix-off pour retracer le contexte historique. Cette voix-off évoque de difficiles combats et des morts par milliers alors que l’on ne voit pas la guerre à l’image. Cette scène filmée en panoramique a été réalisée sous forme d’un déplacement inhumain, par un caméraman attaché à une grue. Il y a une correspondance entre la voix-off et les déplacements des soldats. Cette scène oppose les officiers et les soldats.
La discussion entre Mireau et Broulard, dans le salon de Mireau, est filmée en champ-contre-champ. Mireau a une balafre, ce qui montre qu’il a combattu, il est représenté à la lumière car il est raisonnable et sensé. Broulard s’approprie les lieux (il marche, se déplace dans tout le salon de Mireau). Ils parlent de stratégie militaire et Broulard, qui mène la conversation, annonce ses plans à Mireau et lui ordonne de les réaliser. Un mouvement de rotation s’installe : les deux personnages tournent autour d’un fauteuil arrondi. Mireau cède et Broulard gagne le débat. La mise en scène est formidable, les déplacements des personnages et les mouvements de la caméra nous font ressentir leurs sentiments.
Lors de la scène du procès, Kubrick utilise un décor spécifique pour nous montrer que c’est un faux procès. Il choisit de représenter cette scène dans une grande salle d’un château avec de hautes fenêtres alors que les vrais procès se passent dans des salles à huis clos. C’est un procès artificiel : l’acte d’accusation n’est pas lu et il y a une impression d’être au théâtre avec la fausse lumière. L’ombre des barreaux des fenêtres dessinent une prison dans laquelle serait enfermé Dax. Le début du procès est plutôt comique, puis sérieux et devient dramatique, lorsque le dernier accusé est interrogé. L’agencement des trois interrogatoires est fait de manière rusée, car la cour a la volonté de condamner. Il y a un double discours durant la scène du procès : le procureur accuse les soldats tandis que Kubrick accuse les procureurs et ceux qui ont amenés les soldats à faire cela. A la fin du procès, il n’y a pas de verdict : tout était déjà prévu.
Kubrick réalise un travail judicieux sur le fond sonore, notamment sur la musique du générique et celle de la fin, mais également le bruit des bombardements. Le fond sonore donne des indices sur la suite de l’histoire. Dans le générique, les noms des victimes défilent avant ceux des haut-gradés, nous savons alors dès le début du film que Kubrick se place du côté des victimes. Ce sera d’ailleurs sa future femme, Madame Kubrick, qui joue le rôle de la seule femme présente dans ce long-métrage. Kubrick utilise à nombreuses reprises la symétrie (tranchées, cour du château) et effectue un jeu sur la lumière (scène du procès). Kubrick donne des indices aux spectateurs pendant tout le long-métrage : la scène de l’inspection, située au début du film, est très importante.
Ce chef-d’œuvre n’est pas un film de guerre montrant des scènes très violentes contrairement à « Full Metal Jacket », sorti 30 ans plus tard et réalisé également par Stanley Kubrick.
« Les Sentiers de la Gloire » est percutant et dénonciateur, il contient de nombreux détails qu’on ne perçoit pas immédiatement, la mise en scène de Kubrick est formidable.