Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Sentiers de la gloire

Stanley Kubrick - Etats-Unis - 1957

Critique publiée par linouche - le 21/01/2018
Seconde 510, Lycée Le Verrier,
Saint-Lô

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« Les Sentiers de la Gloire » ou « Paths of Glory ...

« Les Sentiers de la Gloire » ou « Paths of Glory » dans sa version originale, est une réalisation en noir et blanc de Stanley Kubrick.
Sorti officiellement en 1957, il est retiré des cinémas en Belgique , ou non distribué en France et en Suisse, à cause d’une censure faite par le gouvernement français, alors en pleine guerre d’Algérie. C’est un chef-d’œuvre antimilitariste qui aura comme successeur « Full Metal Jacket » qui sera tout aussi excellent, autant dans sa réalisation que dans son message.

« Les Sentiers de la Gloire » raconte l’histoire de l’armée française durant la guerre des tranchées. Notamment celle du général Mireau, un opportuniste, qui se voit proposer une promotion par le général Broulard, son supérieur, s’il envoie ses hommes prendre une forteresse allemande insaisissable.
Pour cela, il demande au colonel Dax, interprété par le talentueux Kirt Douglas, de mener l’attaque. Celle-ci échoue lamentablement, alors qu’un régiment immobilisé dans sa tranchée, par les tirs ennemis, ne peut se résoudre à sortir, Mireau ordonne de tirer sur ses hommes pour les faire réagir. Mais il se voit refuser son ordre, et convoque un conseil de guerre pour faire fusiller « pour l’exemple » une centaine d’hommes. Dax, ancien grand avocat, et beaucoup plus humaniste, négocie la mort de trois soldats choisis « au hasard » dont il pourra prendre la défense durant leur procès, pour tenter de leur sauver la vie.

Pendant le procès, les habitudes de Kubrick sont très présentes et apportent une meilleure compréhension de la scène en question. Les plans tournés ne sont jamais des points de vue humains, et la lumière vive, presque fantomatique qui traverse la verrière rend la scène comme irréelle, rêvée. C’est ce même éclairage qui emprisonne Dax lorsqu’il est assis.
La pièce est grandiose mais étonnamment vide, avec en son centre, les soldats jugés, sur de simples chaises. Les officiers et Mireau, sont eux confortablement installés, un peu en retrait, et font partie du public. Enfin face à eux se tiennent les juges, ainsi que Dax et le Procureur qui leur pose des questions.
Le sol carrelé de marbre donne une impression de plateau de jeu d’échec dans lequel les soldats ne sont que des pions.
La scène semble réelle seulement quand les accusés se lèvent pour répondre de leurs actes de « lâcheté ».

Dans ce long métrage, on retrouve parfaitement le style Kubrick, c’est à dire, des travellings vers l’avant ou l’arrière, accompagnés de percussions durant les scènes dans les tranchées.
La figure du cercle est également omniprésente tout au long du visionnage (la fontaine du château, la salle du procès, le siège dans le salon de Mireau,...) tout comme dans « 2001, L’Odyssée de l’espace », une autre de ses réalisations. De même, la symétrie qui est très chère au réalisateur, est visible dans les scènes des tranchées ou encore dans l’avant dernière scène.
Les bruits et la musique, sont très importants chez Kubrick. Ils apportent par exemple de l’ironie dans certaines scènes (explosions lorsque Broulard visite les tranchées, ou bien avec la Marseillaise dans la scène d’ouverture à qui répond un chant allemand à la fin,...).
On peut aussi remarquer son obsession pour les détails qui font le charme de ses œuvres (les tableaux conservés en Allemagne dans le château des français, la statuette de Napoléon dans le bureau de Mireau,...).
Encore une fois Kubrick a révolutionné le cinéma, en cassant tous les codes du genre de guerre. Dans « Les Sentiers de la Gloire » on ne voit jamais l’ennemi dont on parle constamment, parce que celui-ci est à l’intérieur des troupes françaises. Ce n’est pas le mal contre le bien mais bel est bien les gradés contre les soldats.
L’héroïsme prévu habituellement dans le genre de guerre n’est pas présent ou alors il n’est pas là où on l’attend. Ce qui fait glisser la production, d’une reconstitution historique à un procès.

Avec « Les Sentiers de la Gloire », Kubrick cherche à dénoncer la guerre en général, mais aussi à montrer la mécanique de l’armée et comment elle arrive à déshumaniser les hommes qui y sont enrôlés.
C’est le cas avec Mireau, qui n’hésite pas à tirer sur ses propres hommes ou encore Leonard Lawrence, dit « Grosse Baleine » qui est rendu totalement fou dans « Full Metal Jacket ». On peut aussi remarquer que dans ces œuvres les dialogues ne sont fait qu’avec des ordres, ce qui renforce la sensation de la dureté de l’armée.
Grâce au personnage de Broulard, il montre également les gens qui tirent les ficelles de la guerre, sans jamais se salir les mains, laissant les autres faire le sale travail.
D’autre part, on voit les gradés vivre dans des appartements somptueux et organiser des bals accompagnés de musiques entraînantes. Parallèlement les soldats, eux, survivent difficilement dans les tranchées mortelles, avec pour seul fond sonore, les percussions qui rappellent les tirs ennemis. Tout cela ne sert qu’à monter l’opposition entre les deux mondes auxquels appartiennent les différents personnages, et seul Dax sert de lien entre ses différents univers.

Avec ce chef-d’œuvre, Stanley Kubrick s’illustre bel et bien dans l’histoire du cinéma. Tous les points énoncés plus haut en sont des preuves très claires. C’est donc bien normal que « Les Sentiers de la Gloire » soit, encore aujourd’hui, une référence et une incontournable leçon de cinéma !