Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

César doit mourir

Paolo et Vittorio Taviani - Italie - 2012

Critique publiée par edwige22 - le 30/06/2013
Première L 602, Lycée Le Verrier,
Saint-Lô

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Critique sur César doit mourir

“César doit mourir” est un film italien réalisé par les frères Taviani en 2011. Celui-ci relate la mise en scène par des détenus d’une pièce de Shakespeare “Jules César”, dans une prison à la périphérie de Rome (Rebibbia). Et déjà une question se pose : documentaire ou fiction ? Les détenus sont joués par des détenus ce qui, plus qu’une simple fantaisie des réalisateurs constitue un véritable aspect du film. Nous assistons dans la scène du casting à une véritable mise en abîme des détenus ; à la fois souvenir de leur arrestation dans le film et sûrement dans la vraie vie : ceci donne de la profondeur aux personnages qui paraissent plus réels et rétrécit encore la frontière entre le documentaire et le film,ce qui le rend intéressant. En apparence nous assistons à un simple documentaire sur une prion en Italie, de vrais détenus, ayant commis de vraies infractions dans une vraie vie bien ennuyeuse symbolisée par la composition en anneau du film : ces prisonniers, dont la plupart sont condamnés à perpétuité, sont en fait condamnés à la routine, à errer indéfiniment dans les couloirs de la prison tel des morts. Mais n’est-ce-pas leur rôle ? Ici intervient la fiction qui peut être personnifiée par la remarquable scène du casting où les détenus apprennent leur rôle. Brutus est d’ailleurs, selon moi, un des meilleurs acteurs du film, jouant aussi bien son rôle d’acteur au cinéma que d’acteur au théâtre ; véritable personnification de l’amour voire de la folie que peut causer l’Art. Errant et parlant seul dans la prison il peut devenir dérangeant, sa vie et l’Art s’entremêlant. L’Art serait sa vie ?
La musique tient elle aussi une place importante, on peut la considérer comme un personnage. Elle est omniprésente, rappelant le théâtre dans l’Antiquité. Elle est toujours mélancolique et procure, à travers la joie du théâtre, une certaine désillusion car tout a une fin. Après la représentation les prisonniers retourneront à leur vie habituelle après que l’Art l’ait illuminé, c’est un échapatoire. “Maintenant que j’ai découvert l’Art ma cellule est devenue une prison” dit Cassuis. Mais il suffit juste d’imaginer pour que la prison devienne une scène : les couloirs sont les coulisses, les acteurs sont eux-mêmes des acteurs et l’entracte se déroule la nuit où les masques toment e les regets de la vrai vie refont surface comme le manque de femmes : cette pièce et ce film sont masculins, comme l’image que l’on a des prisons. Le documentaire se retrouve aussi lors de la représentation ; les spectateurs sont en fait la famille des acteurs. Les prisonniers redeviennent en quelque sorte libres mais juste le temps de la représentation. Pendant les répétitions ce sont les autres détenus qui sont spectateurs (comme lors de la scène du discours d’Antoine par exemple), ceux-ci son pourtant réfractaires au théâtre : ils comparent Brutus à un “bouffon” lorsqu’il joue et n’ont pas de rôle important autant dans le film que dans la pièce.
Une autre caractéristique de cette pièce est son contexte historique : elle prend place à Rome il y a 2000 ans , est reprise par Shakespeare il y a 500 ans et par le frères Taviani en 2012 avec pourant des points communs. Le clientélisme est devenu la mafia et les clans (pour ou contre l’assassinat de César) sont les mêmes, c’est un cycle : “combien de fois César devra-t-il mourir ?”. La pièce est ancienne mais les enjeux sont récents ce qui fait que le filmest actuel, intemporel car la mafia existera toujours ce qui provoque chez le spectateur un effet de saisissement : l’Histoire n’est en fait qu’un éternel recommencement. A travers le théâtre nous retrouvons aussi le cinéma avec ses nombreux codes cinématographiques : le souvenir des répétitions est en noir et blanc alors que les scènes qui se passent dans le présent sont en couleurs , le laurier sur le pull de César représente un de ses attributs d’Empereur. Certains passages comiques se réfèrent au cinéma comme lorsqu’un des acolytes de César se présente comme “citoyen du monde” ; en effet, le cinéma est un Art international qui est passé du noir et blanc à la couleur comme dans ce film. Nous pouvons aussi voir une allusion aux peplums avec les costumes ainsi que le contexte historique.
Finalement “César doit mourir” est l’apologie de l’Art sous toutes ses formes ; le théâtre, le cinéma, la musique et la peinture qui s’entremêlent de façon harmonieuse entre rêve et réalité.