Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

M le Maudit

de Fritz Lang - Allemagne - 1931

Critique publiée par Cl&lia - le 01/06/2015
Seconde 6, La Morandière ,
Granville

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M le maudit, un film obsessionnel

« M le maudit » est un film allemand en noir et blanc d’1h48. Il a été réalisé en 1931 par Fritz Lang, un scénariste et réalisateur autrichien dont les films tournent très souvent sur la thématique du double. « M le maudit » raconte l’histoire d’un tueur de petites filles recherché en vain par la police. Alors que celle-ci contrôlait la population de plus en plus activement, les truands se virent gênés dans leurs affaires et se mirent alors eux aussi à rechercher l’assassin.
C’est un polar tragique assez original du fait qu’il y ait deux enquêteurs recherchant le meurtrier : Schränker, le parrain de la pègre joué par Gustaf Gründgens (futur nazi) et Lohmann, le commissaire, interprété par Otto Wernicke. Ce sont deux enquêteurs opposés, le chef des truands et le représentant de la loi.
En outre, les acteurs sont très bien choisis pour le film. En effet, Peter Lorre, qui interprète Hans Beckert, l’assassin, joue très bien cet étrange personnalité : avec sa tête d’innocent on pourrait croire qu’il est parfaitement normal, mais sous son masque se cache l’âme d’un fou obsédé par les jeunes filles, qu’il interprète tout aussi bien avec ses spasmes et ses tremblements, surtout lorsqu’on découvre qu’il a en réalité une voix dans sa tête qui le pousse à agir. Notons également le sifflement que fait l’assassin lorsqu’il va passer à l’acte qui est très important dans le film, c’est ce qui le caractérise le plus. Il y a aussi Gründgens, l’acteur qui joue Schränker, qui par ses positions et son regard interprète parfaitement son rôle de chef de bande, notamment lorsque tous les hors-la-loi sont réunis à la cave pour un jugement envers Hans Beckert. Il est au centre, assis comme le parrain de la pègre qu’il interprète. Il donne à son personnage un aspect autoritaire et horrifiant, comme s’il était capable du pire (et il l’est).
Tout d’abord, le thème du film est annoncé dès le début lorsqu’on voit des enfants jouer en rond en poussant une affreuse comptine : « L’homme noir viendra te chercher et fera de toi du hachis ». L’assassin provoque chez toute la population une peur, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Cette comptine sous-entend la mécanique d’élimination qui se met en marche. Même lorsqu’on leur dit de cesser de chanter, les enfants reprennent quelques secondes plus tard. Rien n’arrêtera cette marche à moins que le tueur se fasse prendre. C’est dans la rue qu’on voit M la plupart du temps, c’est aussi là où il repère ses ’’proies’’, poussé par des étranges voix qui ne cessent de le faire souffrir. Enfin, jusqu’à ce qu’il cède à leurs caprices : tuer des jeunes filles. Son premier meurtre est sous-entendu lorsqu’il aborde une petite fille, que sa mère attend en vain. On voit aussi dans cette rue une course poursuite entre des sans-abris, employés par la police, et l’assassin.
Ce sont finalement les truands qui ont retrouvé Beckert, qui s’était caché dans un immeuble. Ils allaient le tuer dans une cave après ’’jugement’’, mais la police est arrivée avant, prévenue par un des truands qui s’était fait prendre lors de la capture du meurtrier. En définitive, Hans a été jugé par de véritables juges mais nous ne connaissons pas leur décision. Peut-être est-il retourné à l’asile, dont il était sorti quelques années auparavant ?
De plus, le film propose des plans intéressants. Par exemple lors de la course poursuite, quand Beckert se rend compte qu’il est repéré, il se tourne vers la caméra en regardant l’objectif droit dans les ’’yeux’’. Son regard paraît être accusateur et symbolise sa prise de conscience.
Un autre plan marquant est celui du jugement de l’assassin par les truands, à la fin. Le recours à l’axe frontal correspond au regard subjectif du meurtrier et le lent balayage de la pièce donne au spectateur un sentiment de malaise, comme s’il n’était pas à sa place. Puis il y a le son. Dans cette scène il n’y avait aucun son, l’ambiance était lourde et affreuse du fait de sa durée, qui mettait une pression en plus au spectateur. Dans ce film, le son est très important, d’autant plus que « M le maudit » est le premier film parlant de Fritz Lang. Reprenons par exemple le sifflement de Beckert. Il annonce un meurtre, puis il se fait démasquer à cause de celui-ci (un aveugle l’a reconnu), mais parfois il rend tout simplement l’ambiance étrange. On ressent le sifflement plusieurs fois le long du film sans vraiment bien l’entendre, tellement le volume est bas quelquefois. On croirait un son fantôme, un sifflement qui hante le film et par la même occasion l’assassin.
Le film est rythmé par de la musique et un silence oppressant, ce qui fait du son un élément essentiel.
Enfin, le film est à la fois un récit et un discours, porteur d’une vision du monde. Lang raconte une histoire sur la responsabilité d’un criminel qui se dit malade, certainement schizophrène ; il pose alors des problèmes sur le Mal, sur la malédiction qui semble ronger l’individu et la société toute entière. Mais certains pensent qu’il dénonce le nazisme, car les nazis se sentirent visés quand Fritz Lang voulut appeler son film « Les Assassins sont parmi nous » et firent pression sur Lang pour qu’il le modifie, mais le réalisateur et scénariste nia cette intention.
En conclusion, nous avons apprécié ce film, surtout pour l’époque. Bien qu’il soit réalisé en 1931, il y a un réel problème posé (sur la responsabilité d’un criminel malade), de vrais objectifs. La mise en scène et le son sont très importants mais surtout très intéressants. Nous vous conseillons de voir « M le maudit », même si le noir et blanc ne vous plaît guère, cela ne choque pas et ne rend pas le film ennuyeux ou vieux.

Dudouit Clélia,
Meigné Cindy