Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Lisa

de Lorenzo Recio - France - 2007

Critique publiée par Coralie.P - le 27/01/2015
Seconde 6, La Morandière ,
Granville

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Lisa, un court-métrage muet qui en dit long

Lisa est un court métrage de 19 minutes, rempli de suspens et d’intrigues. Réalisé par Lorenzo Recio et tourné en Normandie, il date de 2007. Ce film appartient au genre de la fiction. Dans Lisa comme dans tous ses courts-métrages, le réalisateur affiche la volonté de mettre en avant les questions de l’identité et du corps. Et c’est à travers une petite fille de 10 ans et sa famille, qu’il va mettre en scène ses questions.
Lisa a ses petites habitudes, ses trésors dans la colline, ses images, ses rendez-vous près de la rivière, des cachettes dans les terriers. Mais quand elle retourne chez elle, elle doit lutter contre la violence paternelle et la méchanceté de ses frères. Lorsque Lisa subtilise la montre de son père, elle provoque le paroxysme de la violence. Tout s’accélère jusqu’à ce que son père soit à terre, inconscient. Moment inattendu où Lisa extrait un à un tous les souvenirs de cette tête inerte, tout ce qui a fait de lui cet homme si dur et si mauvais. Puis, tranquillement, elle le fait revivre à l’image de son rêve, de son capitaine Grant. Lorenzo Recio nous fait voyager entre l’univers enfantin de Lisa et le monde cruel de son père.

Dans ce film, le jeu d’acteur tend vers un style de jeu réaliste. Le film contient très peu de dialogues, l’expression est principalement véhiculée par le corps. En effet, si les personnages ne s’échangent presque aucun mot, c’est parce que le terrifiant père de famille fait régner un silence assourdissant dans sa maison. Le travail, qui a un rendu admirable, repose sur la présence, les gestes et les jeux de tensions entre les personnages. Les comédiens principaux, la jeune Nina Rodriguez dans le rôle de Lisa, Mikaëla Fisher dans le rôle de la mère, et Benjamin Feitelson dans celui du père, tous excellents, accomplissent la prouesse de nous transmettre des émotions sans parole, uniquement par le langage du corps.
La bande son occupe elle aussi une place importante en maintenant le suspense de bout en bout. Celle-ci nous transporte dans un autre monde, là où la peur et l’attente sont omniprésentes. Elle est principalement constituée de bruitages et de musique. La présence de bruitages est essentielle, elle correspond à l’importance accordée aux objets par la fillette (par exemple le tic-tac de la montre). Quant à la musique, elle traduit les émotions et crée une atmosphère qui « ouvre l’image », comme le dit le réalisateur.
Le film est rythmé par toutes sortes de contrastes et d’oppositions qui sont essentiellement liés à la confrontation père-fille, notamment grâce à l’utilisation du noir et blanc, qui permet ici de donner une dimension symbolique à la lumière et à l’image. Lorenzo Recio précise d’ailleurs que le noir et blanc sert surtout le discours du film. La clarté et la lumière c’est l’univers de la petite fille, tandis que l’obscurité, le noir, c’est plutôt le monde du père. De même, le cadre est toujours ouvert pour la petite fille et fermé pour le père. Malgré cette noirceur, le réalisateur a su mettre une touche d’ironie dans son œuvre, car le père, maniaque de propreté qui ne supporte pas la moindre tâche, se retrouve vêtu d’un blanc immaculé, qui lui donne des allures d’enfant modèle. Les contrastes ne s’arrêtent pas là. L’immobilité représentée par les adultes, est opposée au mouvement incarné par Lisa et ses seuls compagnons, à savoir les animaux. Lorenzo Recio a réussi de manière étonnante, jusqu’au bout, à opposer les deux héros jusqu’au bout.
Ce film a obtenu, avec mérite, le Prix de la presse nationale au Festival International du court métrage de Clermont-Ferrand 2008.

Un film incontournable, où, pendant 19 minutes, le spectateur se retrouve plongé dans le regard de cette fillette innocente qui nous raconte sa vie et ses journées à la campagne. Une jeune fille naïve face à la violence de son père. Un sujet déjà beaucoup traité certes, mais que Lorenzo Recio est parvenu à s’approprier en le mettant sur pied de façon originale.

Louise JACOB
Clémence ALLIX
Seconde 6