Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Babel

Julie Bertuccelli - France - 2013

Critique publiée par thibenne - le 17/05/2014
Seconde 6, La Morandière ,
Granville

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La Cour de Babel

LA COUR DE BABEL

La cour de Babel est un film de Julie Bertucelli réalisé en 2013 d’ une heure vingt-neuf joué par des acteurs inconnus. Ce film raconte l’histoire de jeunes étrangers âgés de 11 à 15 ans, de nationalités sénégalaise, marocaine, libyenne, anglaise, roumaine, chinoise, irlandaise... Chacun de ces jeunes racontent à travers la caméra de Julie Bertucelli ses joies, ses peines, ses aspirations, ses regrets... Cette classe d’accueil devient le point de rencontre de diverses cultures, mélange savoureux d’énergie et d’innocence.

Ce film est un excellent regard sur la différence et la tolérance, la scène où les élèves défilent devant la caméra et racontent leur histoire est particulièrement touchante et nous incite à changer notre point de vue sur les immigrés et les raisons qui les poussent à fuir leur pays. Cette scène nous fait éprouver de la compassion et de l’empathie, nous nous mettons à la place de l’élève et imaginons son calvaire enduré. Différents thèmes sont abordés au cours du film et principalement la religion, c’est le noyau de certains élèves tels que Djenabou qui se sent perdue dans ce pays qu’elle ne connaît pas, avec cette langue qu’elle a du mal à apprendre, sa seule certitude reste la foi aveugle qu’elle porte à son Dieu : Allah.
Le format du film ( documentaire ) est également un choix juste, risqué mais toutefois le pari est réussi et l’adaptation à l’écran est parfaite. Axé principalement sur l’humain, Julie Bertucelli a réussi à rassembler devant sa caméra le monde entier. C’est une grande leçon de fraternité et d’entraide, un message de paix et de tolérance porté à l’écran par ces jeunes acteurs très convaincants et tellement justes dans leur rôle au sein de cette classe d’accueil. Ce documentaire est frais, revigorant, une lueur d’espoir face aux réactions actuelles sur le débat de l’immigration.

Toutefois, ce documentaire n’est pas un exemple à suivre, c’est une contrefaçon de la réalité, on l’enjolive. De nos jours, il serait impossible par exemple que de jeunes Ukrainiens s’entendent bien avec de jeunes Russes ou des Sud-Coréens avec des Nord-Coréens. On apprend à des jeunes la solidarité, l’entraide et la tolérance alors que certains ne connaissent même pas le sens de ces mots ! Certes la réalisatrice avait certainement un message à faire passer à travers ce documentaire mais les rancœurs et les haines sont souvent tenaces, ce n’est pas à l’aide de quelques passages "heureux" que tout cela va s’oublier. Du côté caméra, Julie Bertucelli n’a pas réalisé le meilleur montage possible, certaines scènes sont trop longues, comme les rencontres parents-professeurs, d’autres brisent le charme comme les colères incessantes de Djenabou. De plus certains moments du document nous poussent à la moquerie, on pense évidemment à la rencontre entre Brigitte Cervonni et la maman de Xi, c’est drôle bien sûr mais pas dans le sens d’une blague ou d’une chute comique, non, on rigole seulement de la façon dont se comporte et parle la mère de Xi, et en cela, nous nous moquons d’elle. Ce n’est donc pas correct au vu des valeurs qu’essayent de transmettre Julie Bertucelli. Ce documentaire reste donc une fable éducative et démagogique dont on ne ressent que l’effet de fraîcheur novatrice.