Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Lisa

de Lorenzo Recio - France - 2007

Critique publiée par margot. - le 07/02/2015
Première L, La Morandière ,
Granville

Note de la classe (0 vote)


Nombre de visites : 50

« Lisa » par Alicia

« Lisa » est un court métrage de 19 minutes, réalisé en noir et blanc, en 2008, par Lorenzo Recio.
La scène se passe en campagne dans une maison isolée, Lisa est une petite fille, qui vit avec sa mère, son père et ses deux frères.

« Lisa » a différents points communs avec un film de Georges Franju, « Les Yeux sans visage » ; en effet, ces deux films sont sur les rapports entre une fille et un père violent, dans une maison isolée. Dans les deux films il y a une idée de transformation, mais qui ne fonctionne pas vraiment : dans le film de Georges Franju, le père souhaite donner un nouveau visage à sa fille qui à été détruit à la suite d’un accident, et dans le court- métrage de Lorenzo Recio, c’est la fille qui veut modifier le cerveau de son père, mais à la fin, celui qu’ils ont voulu changer finit par s’éloigner.

Il y a aussi la présence des animaux, une utilisation très réfléchie du noir et blanc, un rythme lent pour une atmosphère pesante, le jeu tout en retenue des acteurs où tout est dans le regard.
Mais nous pouvons aussi observer une différence, dans le film de Georges Franju, le niveau est très réaliste, voire même scientifique, alors que le court- métrage de Lorenzo Recio veut aller vers une interprétation poétique et symbolique.

Dans « Lisa » les cachettes sont omniprésentes, il y a le tiroir de la commode du père, la valise, le sac, les poches, le grenier, le terrier, mais aussi le crâne du père. Dans ses cachettes, Lisa préserve la liberté et la singularité de son imaginaire contre la violence du monde extérieur.
On parle aussi d’inconscient, lorsque Lisa fouille dans le crâne de son père, c’est comme si elle explorait son passé enfoui, tout ce que le père porte au fond de lui sans en avoir conscience et qui influe sur son comportement ; ici il est matérialisé par des images et des objets.
Dans son film, Lorenzo Recio, voulait transposer l’univers du conte dans un monde plus rationnel, plus réaliste, le fantastique intervient plus tard, lorsque la fillette ouvre le crâne de son père accidenté. Nous ne sommes pas transportés dans un monde merveilleux dès le début, nous pouvons même penser que la part du fantastique pourrait être le fruit de l’imagination de la fillette.

Lorenzo Recio s’est inspiré de plusieurs œuvres dans différents domaines, en premier lieu le littéraire, avec les contes : Peter Pan, Alice au pays des merveilles et le capitaine Grant de Jules Verne.
Des œuvres photographiques et picturales nous sont aussi rappelées, comme les clichés de fillettes par Lewis Carroll, les adolescentes peintes par Balthus, les ogres de Gustave Doré et de Goya. Mais n’oublions pas la référence cinématographique majeure, "La Nuit du chasseur" de Charles Laughton.

Les références qui sont utilisées ici sont comparables au principe du collage, en utilisant différentes œuvres (visuelles ou narratives) pour en refaire une nouvelle. C’est donc ce que fait Lisa quand elle invente des histoires avec ses images. Ce mélange fait qu’il est difficile de déterminer où et quand se passe l’action du film. Nous sommes renvoyés à un imaginaire anglo-saxon et à l’ époque des années 1950 à qui correspondent les références, les décors, les objets, les costumes ou bien même le noir et blanc...
Les ellipses sont souvent utilisées lorsque le cinéaste souhaite suggérer au lieu de montrer, par exemple quand le père lève la main sur la mère il y a une ellipse, nous ne voyons que les hématomes sur le visage de la mère, les objets cassés, les vêtements déchirés... Et nous ne savons pas non plus les relations entre les personnages, Lorenzo Recio veut nous laisser faire appel à notre imaginaire.
Dans un passage du film, Lisa tient une image, déchirés par ses frères, d’une gravure de Gustave Doré, celle du Petit Poucet, où l’ogre égorge ses filles au lieu d’égorger le Petit Poucet et ses frères. Cette gravure fait référence à la violence masculine qui règne dans la maison, Lisa compare son père à un ogre.
Le film est en noir et blanc, l’univers de la petite fille est très éclairé, tandis que l’univers du père est l’obscurité, le noir. Le cadre de Lisa est toujours ouvert alors que celui du père est toujours fermé.
Le jeu des acteurs du père et de la mère, est toujours immobile, figé et les gestes de la mère sont mécaniques, mais en ce qui concerne Lisa, elle est toujours en mouvement. Les dialogues dans Lisa sont très rares.
Quand nous regardons ce film nous devons être très attentifs, pour pouvoir comprendre le sens, il faut aimer les films en noir et blanc et presque muets, pour aimer ce court métrage.

Alycia Dault 1èreL