Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Burn after Reading

de Joel et Ethan Coen - Etats-Unis - 2008

Critique publiée par Sophie Fogelgesang - le 16/12/2014
Première L, La Morandière ,
Granville

Note de la classe (1 vote)


Nombre de visites : 32

Critique de Burn after reading

Tout d’abord, il y a Osbourne Cox (John Malkovich), ancien agent de la CIA qui se noie dans l’alcool et décide d’écrire ses mémoires. Il est fait cocu par sa femme, Kathy (Tilda Swinton) bien décidée à divorcer et qui le trompe avec un homme marié omnibulé par le sexe et le jogging : Harry Pfarrer (George Clooney). Non loin de là, Linda Litzke (Frances McDormand), employée d’une salle de sport, cherche par tous les moyens à payer de très coûteuses opérations de chirurgie esthétique et à chercher l’amour sur des sites de rencontres, laissant son travail à son collègue Chad (Brad Pitt), gentil mais extrêmement naïf et idiot. Quand ceux-ci trouvent par hasard le Cd des mémoires de Cox, ils se persuadent qu’il contient des informations ultra-secrètes et décident de faire chanter son propriétaire.
Survient ensuite une série d’événement plus absurdes les uns que les autres, faisant de ce film une satire brillante de l’Américain moyen et une parodie de film d’espionnage. Mais si d’apparence Burn after reading des frères Coen a tout pour plaire, le scénario traîne un peu et l’histoire a tendance à tourner en rond, malgré de très bons jeux d’acteurs pour un casting de choix.

Tout le long du film, nous voyons les personnages essayer tant bien que mal de se sortir de situations absurdes en en tirant le plus grand profit. A des échelles différentes, ils sont tous idiots ; mais aussi mécaniques, oubliant les sentiments humains pour gagner le plus d’argent possible. D’une certaine manière, ils sont seuls. Les frères Coen portent un regard cynique et satirique sur leurs personnages, les manipulant comme des marionnettes. On rit devant des scènes qui nous paraissent absurdes, mais nos situations quotidiennes valent-elles mieux ? Ce film est un miroir pour qui y regarde bien. On y retrouve tous les petits défauts de la société que l’on préférerait parfois ignorer, car ils ont l’agaçante manie de nous déranger, prouvant les failles d’un système que nous adoptons tous inconsciemment. Malheureusement, le côté déshumanisé est parfois trop caricaturé, et nous empêche de nous mettre à la place des personnages. Si cela crée une distance qui à son rôle dans une société mécanique, cela nous empêche de nous identifier clairement aux protagonistes et enlève une part d’intérêt au film. A moins que cela soit une volonté des réalisateurs ? Les mille petits défauts des personnages font plus souvent sourire que rire, jouant principalement sur les mimiques des acteurs qui, bien que drôles, sont insuffisantes ce qui est bien dommage pour un film comique et parodique.

Paranoïa des personnages, musique angoissante, plans internes à la scène qui donne l’impression d’y assister tout en se cachant, ombres mystérieuses, hommes dont on ne voit pas le visage... Ce film a tout pour ressembler à un film d’espionnage. Mais tous ces détails exagérés, le présumé espionnage, ou données d’espionnage, qui dans le fond n’existent que parce que les protagonistes se sont persuadés de leur véracité, ou encore la CIA complètement à côté de la plaque laissent entrevoir une franche parodie de films d’espionnages ; avec notamment plusieurs scènes rappelant, par exemple, Mission impossible. Au début on se laisse porter aisément par les péripéties étranges des personnages, mais rapidement l’intrigue lasse et on se sent perdu. Quand l’intrigue redevient un peu intéressante, on reperd le fil de l’histoire en ayant le résumé souvent confus d’événements survenus,mais dont nous n’avons pas été témoins. Volonté encore une fois des frères Coen ? Peut-être, mais au détriment de l’attention du spectateur...

Burn after reading est une satire criante de vérité sur l’Américain moyen, dont l’existence se concentre trop souvent sur le profit, le physique et l’égoïsme. C’est aussi une excellente parodie de film d’espionnage. Mais si d’apparence tout est acceptable, l’intrigue elle-même finit par lasser et on a vite fini de s’amuser du jeu des acteurs. Cela nous laisse, hélas, un désagréable sentiment de déception et de frustration. Un bon film cependant, mais loin d’être inoubliable.