Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Le Havre

Aki Kaurismäki - France - 2011

Critique publiée par elitin - le 22/05/2016
Seconde 502 / Le Verrier, Concours Saint-Lô,
Verrier/Curie/Follain

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Retour dans les 60’s

Le Havre est une véritable machine à remonter le temps. L’histoire relatée est celle de Marcel Marx, cireur de chaussures, dans la ville du Havre, vivant une existence monotone avec sa compagne Arletty. Ce quotidien terne sera soudainement bouleversé par l’arrivée d’Idrissa, un jeune réfugié congolais.

Kaurismäki nous dévoile les facettes de la vie des années 60 grace aux personnages bloqués dans le temps. Il nous les fait découvrir notamment à l’aide d’un décor et d’une réalité presque parfaite avec des couleurs d’antan. Mais aussi par des lieux tels que la boulangerie datée et la petite épicerie comme l’on en voit rarement de nos jours. Cette décennie est rappelée par le métier exercé par Marcel, l’hôpital « à l’ancienne », ou encore les costumes des gens du quartier où habite le couple. Le réalisateur joue sur le mélange entre le moderne et l’ancien en appelant le bar « La Moderne », alors qu’en réalité, il ne l’est pas. Il utilise des lieux de transition entre l’ancien temps et aujourd’hui, le port et la gare. On nous représente la modernité avec les forces de l’ordre munies d’armes, de véhicules et d’uniformes. Un homme de la police fait exception, Monet. Kaurismäki nous montre le présent comme étant une menace, par exemple lors de la découverte des migrants dans le container, ou l’appel de l’homme inconnu. Le long-métrage fait aussi référence à l’impressionnisme. On peut le constater, Aki Kaurismäki, exprime ce qu’il souhaite, mais pas la réalité. C’est le cas lorsqu’il représente la police comme menaçante et stupide. Ce mélange entre les époques est utile au scénario qui pourrait être banal sans ce procédé.

Le jeu des acteurs peut sembler suspect. En effet, celui-ci est faux ou neutre, car ils parlent lentement. Habituellement, on ne rencontre pas de tels dialogues. La façon de jouer correspondrait plutôt à celle du théâtre qui adopte la forme de vers et de rimes. En revanche, les plans poitrine permettent une meilleure perception des sentiments exprimés sur le visage des personnages. La manière avec laquelle ils sont filmés quand ils parlent est elle aussi intéressante. Il est vrai que le réalisateur laisse quelques secondes la caméra fixe sur la tête des acteurs avant qu’ils prononcent leurs répliques, permettant de créer encore un décalage qui peut transmettre une impression étrange. Les rôles, et surtout leur place dans la société est également captivante. Comme à son habitude, Kaurismäki montrent des exclus , et plus précisément des pauvres, de même que dans l’Homme Sans Passé, des ivrognes, des marginaux, des étrangers, des gens âgés. Marcel Marx, est un homme démuni, emprisonné dans son passé, et dépendant d’Arletty. Le cinéaste met d’ailleurs en scène régulièrement cet isolement, en le plaçant, devant un magasin de souliers, alors qu’il les cire, ou devant un barman au vêtement « vintage » derrière lui.

Il est appréciable aujourd’hui, de voir un film avec une telle humanité qui met en scène toutes classes sociales et qui traite des sujets forts : l’immigration et la pauvreté.