Lycéens et apprentis au cinéma en Normandie

L’Atelier critique propose aux élèves de Normandie de publier des travaux critiques dans le cadre de l’opération Lycéens et apprentis au cinéma. Articles, débats audio, critiques vidéo et créations graphiques sont mis en ligne par les enseignants inscrits afin de permettre aux élèves de partager leur expérience de spectateur et de mettre en débat leurs réflexions sur les films.

Le Havre

Aki Kaurismäki - France - 2011

Critique publiée par Jadine - le 22/05/2016
Seconde 502 / Le Verrier, Concours Saint-Lô,
Verrier/Curie/Follain

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Le Havre, une ville aux multiples facettes

Marcel Marx, un cireur de chaussures, vit avec sa femme Arletty. Tout commence lorsque Marcel croise par hasard la route d’Idrissa, un jeune immigré en fuite. Le sexagénaire va l’aider à s’échapper mais cela ne sera pas sans conséquences...
Cette comédie aux allures dramatiques à la fois décalée et touchante nous donne une leçon de solidarité et de tolérance face à l’immigration.

Aki Kaurismäki a débuté sa carrière en tant qu’acteur, puis il devint plus connu comme réalisateur, producteur et scénariste. Cet homme finlandais est passionné par le mouvement impressionniste auquel il fait référence tout au long de son œuvre. Malgré un scénario banal, les techniques de mise en scène et de cadrage apportent de l’originalité et de l’intérêt. Le choix des couleurs fait que l’image ressemble à une toile que le peintre Monet (qui a peint le soleil levant en 1872) aurait pu peindre. Le cinéaste rend d’ailleurs hommage à cet artiste qui a donné son nom au mouvement impressionniste en nommant l’un de ses personnages comme lui.

D’autres références sont faites par le biais des personnages, comme le prénom d’Arletty, qui renvoie à une célèbre actrice des années 30. L’allusion aux œuvres de Kafka, que lisent certains des personnages, est un symbole « de l’homme déraciné des temps modernes » autrement dit les ’’exclus’’ de la société. Cette idée est un des thèmes principaux du film, où les exclus sont les personnes âgées, les pauvres, les étrangers ainsi que les ivrognes. Le réalisateur met en scène leur humanisme, leurs valeurs morales et leur solidarité. Une autre forme d’exclusion est représentée, celle du monde artistique, c’est d’ailleurs avec le plus grand respect qu’Aki Kaurismäki inclut dans « le Havre » une chanson entière du groupe Little Bob Story.

Le réalisateur met en avant deux aspects de notre société qui sont le moderne et l’ancien. Ces deux mondes se confrontent : tandis que le moderne symbolise la menace, l’ancien, lui, caractérise plutôt une vie simple, rassurante et confortable. Un décor vieillot est reconstitué comme une boulangerie des années 50 pour représenter le monde figé ; Y figure aussi avec la vieille maison de Marcel vue de l’intérieur et de l’extérieur, le quartier, ainsi que le bar appelé « La Moderne ». Les instances plus modernes sont marquées par les véhicules, les costumes, les armes de la police, le lieu de détention pour les migrants, les téléphones portables, ainsi que la ville contemporaine du Havre aujourd’hui. Tout cet agencement renvoie au danger.
La gare et le port sont deux lieux de rencontres considérés à la marge : ce sont des endroits intemporels où toutes les catégories sociales se croisent .

Le jeu des acteurs peut paraître déroutant ; en effet, les répliques sonnent parfois fausses, récitées et surjouées avec le sentiment de jeu théâtral. Les actions sont du même ordre pouvant parfois surprendre et déranger le spectateur. Mais cette absence de jeu prouve qu’il n’y a pas besoin d’artifice pour faire passer un message, elle peut-être aussi un vrai défi pour les acteurs, qui ne doivent pas être habitués à jouer si simplement. Néanmoins, cette simplicité enlève du réalisme à ce scénario, ce qui le rapproche du conte.

Le Havre est donc une œuvre déconcertante et morale qui a reçu de nombreux prix et dont les personnages sont à la fois complexes et attachants.